Wix, WordPress, freelance ou abonnement : le vrai critère, c'est l'année 2.
Tout le monde compare le prix du jour 1 et le design de la page d'accueil. Mauvais cadre. Ce qui décide vraiment, c'est ce qui se passe quand il faut changer un horaire, réparer un truc cassé un dimanche soir, ou récupérer son site. Voici la grille honnête pour trancher par vous-même.
La question revient à chaque refonte, tous les trois ans environ. Wix ou Squarespace en autonomie. WordPress. Un freelance. Un abonnement clé en main. Et à chaque fois, on compare les trois mêmes choses : le prix affiché, le design de la démo, le SEO promis sur la plaquette. C'est ce que fait tout le monde. C'est aussi là que le piège se referme.
Le vrai coût d'un site ne se voit pas le jour où vous signez. Il sort l'année 2, l'année 3, le jour où votre activité change et où le site doit suivre. C'est cet angle mort qu'on creuse ici, après quinze ans à reprendre des sites de TPE qui avaient mal tourné.
Ce que personne ne regarde au moment de choisir.
Un repère d'abord. Selon le Baromètre France Num 2024 (Direction générale des Entreprises, 10 125 entreprises interrogées), 85 % des TPE et PME ont une présence en ligne, et 56 % déclarent qu'au moins 5 % de leur clientèle vient d'internet. Le site n'est plus une option. La vraie question n'est donc pas de savoir si, mais comment ne pas se retrouver coincé avec dans deux ans.
Sur le terrain, on voit revenir les mêmes quatre fins. Le Wix abandonné à mi-chemin, faute de temps. Le WordPress dont plus personne n'a les accès. Le freelance devenu injoignable. L'abonnement signé pour cinq ans qu'on subit jusqu'à la dernière échéance. Aucune de ces fins ne se devine au moment où vous décidez. Toutes coûtent cher le jour où elles arrivent.
Wix et Squarespace : le faire soi-même, jusqu'au moment où ça bloque.
Quand c'est le bon choix : vous êtes vraiment à l'aise avec les outils en ligne, votre besoin est simple, et vous avez du temps devant vous. Pour un indépendant débrouillard, budget serré, qui veut une page de présentation propre, Wix fait le travail. On le dit franchement : dans ce cas précis, payer plus n'a aucun sens.
Côté prix, c'est lisible au départ. Chez Wix, les forfaits payants démarrent autour de 14 €/mois (Light), 25 €/mois (Core) et 34 €/mois (Business), facturés à l'année (source : Tooltester, tarifs 2026). En paiement mensuel, comptez 20 à 30 % de plus. Le nom de domaine est offert la première année, puis facturé au renouvellement. Chez Squarespace, même logique : d'environ 16 $/mois (Basic) à 99 $/mois (Advanced) en facturation annuelle (source : Website Builder Expert, 2026).
Où ça coince : le tarif affiché n'est presque jamais le tarif final. Le jour où vous voulez une vraie prise de rendez-vous, un bio link soigné, un suivi correct des visites, vous empilez des outils tiers. Un Linktree Pro, c'est 15 $/mois en 2026, et les paliers payants ont grimpé en novembre 2025 (Starter passé de 5 à 8 $, Pro de 9 à 15 $). Un Calendly Standard, c'est 12 €/mois par utilisateur. Ligne par ligne, rien d'alarmant. Mises bout à bout, elles doublent la facture sans que vous l'ayez vu venir.
Et il reste le coût le plus discret : le vôtre. Le cas qu'on récupère le plus souvent, c'est le Wix où le dirigeant a monté 80 % du site tout seul, fier de lui, puis a calé sur le référencement local, le formulaire qui marche vraiment, les horaires structurés que Google sait lire. Le site reste figé deux ans, à moitié fini, avec une page "Contact" vide et un menu de 2023. Le faire soi-même n'est gratuit que si votre temps ne vaut rien.
WordPress : la liberté totale, et la maintenance qui va avec.
Quand c'est le bon choix : vous avez un besoin sur mesure, un budget confortable, et quelqu'un de compétent qui pilote la maintenance dans la durée. Pas seulement le jour de la livraison. Tous les mois.
Côté budget de départ, le Baromètre Codeur.com (publié en novembre 2024) donne des fourchettes utiles : un site vitrine WordPress par un freelance va en général de 500 à 3 000 €, une agence facture à partir de 2 000 € et jusqu'à 10 000 € et plus pour les projets complexes. S'ajoute le récurrent, qu'on oublie toujours d'additionner : domaine et hébergement de 60 à 510 €/an, plugins ou thèmes premium de 20 à 100 €/an chacun, et un contrat de maintenance qui va d'environ 30 à 150 €/mois selon ce qu'il couvre (mises à jour, sauvegardes, sécurité).
Où ça coince : WordPress vit de ses extensions, et c'est précisément par là que ça casse. Le rapport State of WordPress Security 2025 de Patchstack a recensé 7 966 nouvelles vulnérabilités sur l'écosystème en 2024, en hausse de 34 % sur un an. 96 % d'entre elles se trouvaient dans les plugins, moins de 1 % dans le cœur de WordPress. Pire : 33 % de ces failles n'étaient toujours pas corrigées au moment où elles ont été rendues publiques. Et environ 40 % des plugins n'ont pas reçu de mise à jour depuis plus de deux ans.
En clair, un site WordPress laissé sans suivi n'est pas stable. Il tient tant que rien ne le pousse. Le scénario classique, on le connaît par cœur : on récupère un site, personne ne connaît plus le mot de passe admin, le freelance d'origine a changé de métier, et c'est un vieux plugin de sécurité jamais mis à jour qui finit par faire planter la page d'accueil un mardi matin. La liberté de WordPress est réelle. Son coût d'entretien aussi.
Le freelance : excellent quand il est là.
Quand c'est le bon choix : on vous a recommandé quelqu'un, vous avez un cahier des charges clair, et vous avez de bonnes raisons de croire que cette personne sera encore joignable dans deux ans. Un bon freelance livre souvent un travail soigné, calé au plus près de votre métier.
Où ça coince : c'est une personne, pas une structure. Elle part en congé, change de cap, prend trop de clients, ou ne répond plus aux mails. Le jour où votre site casse - et il cassera un jour, en général au plus mauvais moment - vous découvrez qu'il n'y a personne au bout du fil. Le site se fige, votre activité continue sans lui, et au bout d'un moment il faut tout reprendre de zéro. Le risque, ce n'est pas la qualité du travail. C'est la continuité.
L'abonnement : le budget lissé, à condition de lire ce que vous signez.
Quand c'est le bon choix : vous voulez un coût mensuel prévisible, un interlocuteur stable, et ne jamais toucher à la technique. C'est le modèle de BRIKS. C'est aussi celui de Jalis ou de Linkeo, à des niveaux de qualité et d'honnêteté très différents.
Où ça coince : tout se joue dans le contrat, pas dans le montant de la mensualité. Beaucoup d'offres d'abonnement passent par un financement locatif type LOCAM, dont les contrats s'étalent de 13 à 60 mois (source : locam.fr). Cinq ans d'engagement, ça veut dire que même si le service décline, même si vous n'êtes plus satisfait, vous continuez de payer un organisme tiers qui, lui, n'a rien à voir avec votre site. Et à la sortie, la portabilité est souvent nulle : vous repartez les mains vides, sans même pouvoir récupérer ce que vous avez payé trois ans.
C'est exactement ce piège qui a façonné notre façon de travailler. Chez BRIKS, l'engagement est de 24 mois puis mois par mois, le prélèvement est direct - aucun organisme financier entre vous et nous - et le principe tient en une phrase : si on arrête de bien vous livrer, vous arrêtez de payer. On a détaillé le mécanisme LOCAM et ses pièges dans un article à part, si vous voulez vraiment creuser le sujet avant de signer où que ce soit.
La vraie grille pour choisir : deux axes, trois questions.
Oubliez le tableau "peu de temps égale Wix". Posez plutôt les deux questions qui prédisent vos trois prochaines années :
- Le coût total sur trois ans, pas la mensualité. Additionnez le lancement, le récurrent, les outils ajoutés en cours de route, et la valeur de vos heures. Une offre à 14 €/mois qui vous coûte vingt soirées et trois abonnements tiers n'est pas l'offre la moins chère.
- La dépendance et la portabilité. Si demain vous voulez partir : qu'est-ce que vous récupérez, et qui en détient les clés aujourd'hui ? Un site dont vous ne pouvez rien sortir, ou dont une seule personne a les accès, est un site que vous ne possédez pas vraiment.
Et avant de signer quoi que ce soit, posez-vous ces trois questions à voix haute. La réponse vous en dira plus que n'importe quelle plaquette commerciale :
- Qu'est-ce que je récupère le jour où je pars : le site, le contenu, le nom de domaine ?
- Qui répond, et en combien de temps, si le site casse un dimanche ?
- À quel moment je paie les vrais coûts : le setup, les options, les heures hors forfait, les frais de sortie ?
Un site qui vit vraiment, c'est celui qu'on tient à jour sans que vous ouvriez jamais une ligne de code. Les restaurants qu'on a livrés à Bordeaux, comme Carmel ou Marlone, ont leur carte, leurs horaires et leur réservation à jour en ligne, sans que le restaurateur lance un éditeur. Et ce raisonnement vaut aussi pour les profils très techniques : Droniz ou Contour 3D, spécialistes du drone et de la 3D, auraient largement pu partir en freelance. Ils voulaient surtout un interlocuteur stable et un site qui évolue au rythme de leur activité.
Il n'y a pas une bonne réponse pour tout le monde, et c'est tant mieux. Si vous êtes à l'aise avec le web et que votre besoin reste minimal, Wix est honnêtement votre meilleur choix. Si vous avez peu de temps, que vous voulez quelqu'un qui décroche, et que l'idée de vous faire piéger sur l'engagement vous hérisse, alors un abonnement clair et plafonné est fait pour vous. Visez le plus prévisible sur la durée, pas le moins cher au premier mois.