Faut-il vraiment être "propriétaire" de son site ?
"Avec un abonnement, vous n'êtes pas propriétaire, vous perdez tout." Cette phrase, on ne l'entend jamais de la bouche d'un client. On l'entend de celle d'un vendeur. Et la vraie question qu'elle masque n'est pas de savoir qui possède le site, mais ce qui est écrit, noir sur blanc, sur votre sortie.
Un commercial vous glisse la phrase, l'air de rien : "avec un abonnement, vous n'êtes pas propriétaire, vous perdez tout." Ça marche bien. Ça plante une peur, et au passage ça vous met dans la tête ce qui ressemble à la bonne question : suis-je propriétaire de mon site ?
Quinze ans à livrer des sites - et à en récupérer d'autres, abandonnés par des prestataires partis ailleurs - nous ont appris un truc simple. Cette question-là, presque personne ne se la pose tout seul. On la lui souffle. C'est un réflexe de vendeur, pas un vrai besoin de chef d'entreprise. Le vrai besoin, lui, tient en une phrase de cuisine : ne pas se retrouver coincé le jour où on voudra changer de crémerie. C'est d'ailleurs le vrai sujet quand on hésite entre un freelance, un CMS ou un abonnement : pas la possession, la sortie.
"Propriétaire", au fond, c'est un mot. Un mot qui ne vous dit rien de ce que vous pourrez faire, concrètement, le matin où vous déciderez de partir. La seule question qui a des conséquences réelles tient en quelques mots : qu'est-ce qui est écrit, noir sur blanc, sur ma sortie ? Tout le reste est du théâtre.
Posséder un site qu'on ne peut pas déplacer, ça ne sert à rien
Prenez le scénario le plus rassurant qui soit. Un freelance vous "donne" votre site WordPress. Vous êtes propriétaire, c'est écrit, vous avez la facture. Sur le papier, tout est carré.
Maintenant, le terrain. Voici ce qu'on retrouve presque à chaque fois qu'un artisan ou un restaurateur nous demande de reprendre un site existant. Le compte d'hébergement est resté au nom du freelance. Les accès admin, le client ne les a jamais eus, ou les a notés sur un Post-it perdu il y a trois ans. Exporter le contenu ? Personne autour de la table ne sait par où commencer. La propriété qu'on lui a vendue existe bien, juridiquement. Elle est juste inutilisable sans la personne qui n'est plus là.
Posséder un site qu'on ne sait ni ouvrir, ni déplacer, ni confier à un autre, ça revient à tenir les clés d'une voiture dont on a perdu le moteur. Vous avez un titre. Vous n'avez pas l'usage.
Les trois choses qui comptent vraiment le jour du départ
Oubliez le mot "propriétaire". Avant de signer quoi que ce soit, vérifiez trois points. Ce sont les seuls qui changeront quelque chose le jour où vous voudrez partir.
1. Le nom de domaine, à votre nom
C'est votre adresse, votre identité, et le référencement que vous avez accumulé pendant des années. En France, le titulaire d'un .fr, c'est la personne au nom de qui le domaine est enregistré - pas celle qui le gère au quotidien. Votre prestataire peut très bien administrer le domaine sans en être titulaire : l'AFNIC, le registre officiel des .fr, le dit sans détour, un contact administratif qui n'est pas titulaire n'a aucun droit sur le domaine. Donc la bonne question n'est pas "qui s'en occupe", c'est "à quel nom est-il enregistré". Vérifiez ça.
Et si jamais il a été déposé au nom du prestataire, vous n'êtes pas dans une impasse. L'AFNIC propose une médiation gratuite et des procédures de transfert forcé - SYRELI, PARL EXPERT - qui tranchent en deux mois environ. C'est lourd, ça prend du temps, mais ça existe et ça aboutit.
2. Vos contenus, récupérables
Vos textes, vos photos, votre carte, le détail de vos prestations. C'est vous qui les avez produits. Ils doivent pouvoir repartir avec vous, dans un format que vous pouvez vraiment rouvrir et réutiliser - pas un fichier exotique qui ne s'ouvre qu'avec le logiciel maison du prestataire.
3. La reprise possible par un autre prestataire
C'est l'actif qu'on oublie systématiquement. C'est aussi le plus important. Un site n'est portable que si un autre professionnel peut le récupérer et le remettre en ligne ailleurs. Sans ça, ce que vous avez entre les mains, c'est un carton de contenus en vrac. Pas un site qui fonctionne.
Attention, ce troisième point cache une subtilité juridique que peu de gens connaissent. En droit français, celui qui écrit le code d'un site en reste l'auteur. Les droits ne vous reviennent que par une cession écrite, droit par droit, dans le contrat (article L131-3 du Code de la propriété intellectuelle). Sans cette clause, le prestataire qui a développé votre site peut parfaitement refuser de vous remettre le code source et les accès au back-office. Et il sera dans son bon droit. C'est la loi, pas de la mauvaise foi.
Le théâtre de la location : LOCAM et les engagements longs
Il existe une version plus dure du verrouillage, et elle avance souvent masquée. Certains contrats de site web passent par un organisme de financement comme LOCAM. Le mécanisme : le prestataire fait le site, un organisme tiers règle la facture à la livraison, et vous, vous payez un loyer mensuel. Vous croyez louer un service. En réalité vous remboursez un crédit, habillé en abonnement.
Appliqués aux sites, ces montages s'étalent souvent sur 48 ou 60 mois, à plusieurs centaines d'euros par mois, et sont quasi impossibles à arrêter avant terme. Une fois passés les 14 jours de rétractation prévus par la loi Hamon, il faut prouver un manquement ou des clauses abusives pour s'en extraire. Et pendant tout ce temps, le site n'est pas à vous - il ne le sera jamais. Ça, on ne vous le dit pas toujours en face. Le test est simple : si on vous présente un site "à partir de tant par mois", demandez le nom de l'organisme de financement. La tête que fait le commercial vous dira déjà beaucoup.
Jalis, Linkeo : ce qui est écrit, et ce qui ne l'est pas
On reproche souvent à ces éditeurs de "tout garder". La réalité, vérifiable sur leurs propres pages publiques, est plus nuancée que ça - et bien plus instructive pour qui veut comprendre où se joue l'enfermement.
Sur le nom de domaine, bonne nouvelle : chez Linkeo comme chez Jalis, vous en restez titulaire et vous pouvez le récupérer. Sur les contenus, Linkeo indique les fournir dans un fichier compressé une fois le paiement entièrement soldé. Deux des trois actifs sont donc là. Jusqu'ici, rien d'inquiétant.
C'est sur le troisième que tout bascule. Linkeo écrit, noir sur blanc, que la solution logicielle qui fait tourner votre site est sa propriété, et qu'aucune copie de cette solution ni du code source n'est transmise à la fin des prestations. Côté Jalis, les informations publiques sur la résiliation ne décrivent aucune remise d'un site réutilisable : le conseil qui revient, c'est de sauvegarder vous-même vos fichiers et vos bases avant de plier bagage. Le détail, contrat à l'appui, est dans notre comparatif BRIKS vs Jalis.
En clair : vous repartez avec votre domaine et un carton de contenus, mais sans le site qu'un autre prestataire pourrait remettre en ligne. Le rendu vit dans un back-office maison qui ne sort pas de chez eux. Voilà l'enfermement réel. Pas un complot, rien de malhonnête au sens strict - juste l'absence de portabilité, écrite en petit dans les conditions, là où personne ne lit.
Ce que BRIKS écrit, et ce qu'on ne vous promet pas
BRIKS, c'est un abonnement. Donc oui, en théorie, dans le camp que le commercial pointait du doigt au début. On l'assume sans détour, et on répond avec la seule chose qui tienne la route : ce qui est écrit dans le contrat.
Le domaine est à votre nom. Vos contenus restent les vôtres. Et à la fin de votre engagement, vous récupérez votre site en version statique - des fichiers ré-hébergeables qu'un autre prestataire peut reprendre et remettre en ligne sans nous appeler. C'est exactement le troisième actif que les CMS propriétaires ne lâchent pas.
On vous doit aussi la deuxième moitié de la phrase, celle que les vendeurs n'aiment pas prononcer. Tout ne vous suit pas. Les outils qu'on construit autour du site - le bio link, les statistiques BRIKS, les QR codes suivis - sont liés à notre service, et ils s'arrêtent avec lui. C'est logique : vous payez l'usage d'un service, pas l'achat d'un logiciel. On préfère vous le dire avant que vous le découvriez après, le jour où ça compte.
Et quand on dit "un site qui repart", ce n'est pas une formule. Les sites qu'on livre tournent sur le domaine du client : Carmel et Marlone, deux restaurants bordelais, Droniz, Contour 3D. Des adresses réelles, en ligne aujourd'hui, qui existent ailleurs que dans une démo de commercial.
La phrase à poser avant de signer pour rester propriétaire de son site web
Pas besoin de devenir juriste. Une seule phrase suffit, à poser à n'importe quel prestataire, abonnement ou pas :
Si je veux partir dans deux ans, qu'est-ce que je récupère exactement, et qui peut le reprendre ?
Ensuite, exigez que la réponse figure dans le contrat, pas dans une conversation. Un prestataire qui n'a rien à cacher l'écrit sans broncher. Celui qui se remet aussitôt à parler de "propriété" sans répondre à la question vous a, lui aussi, répondu. Alors ne demandez pas si vous êtes propriétaire de votre site web. Demandez ce qui est écrit sur votre sortie - et lisez-le avant de signer, pas le jour où vous voudrez partir.